
À l’occasion du deuxième anniversaire de l’investiture du président Mahamat Idriss Déby Itno en tant que président élu du pays, un cérémonial officiel s’est tenu à l’Radisson Blu sous la présidence du Premier ministre Allamaye Halina. Cette cérémonie était consacrée à la présentation du bilan de deux années d’action gouvernementale depuis l’arrivée au pouvoir de Déby junior à la suite de l’élection présidentielle, marquant ainsi l’ouverture d’une nouvelle phase politique dans l’histoire du Tchad.
La cérémonie a été marquée par la projection d’un film documentaire retraçant les principales réalisations du gouvernement au cours des deux dernières années. Le documentaire a mis en avant les réformes et projets engagés dans les secteurs de la sécurité, des infrastructures, de la santé, de l’éducation, de la gouvernance administrative et du développement économique, ainsi que le renforcement de l’influence diplomatique du Tchad sur les scènes régionale et africaine. Le Premier ministre a également présenté un exposé méthodique et détaillé des mesures mises en œuvre dans le cadre du programme politique du chef de l’État, structuré autour de 12 projets stratégiques et de 100 actions prioritaires.
Selon le politologue et l’expert en sécurité, malgré l’importance des réalisations présentées lors de cette cérémonie, « la décision la plus marquante prise par Mahamat Idriss Déby reste incontestablement la rupture militaire avec la France ». Selon lui, cette orientation constitue « un tournant historique dans l’histoire politique du Tchad », dans la mesure où aucun dirigeant tchadien depuis l’indépendance n’avait osé remettre en cause la présence militaire française dans le pays.
L’expert estime que le choix de mettre fin à la coopération militaire avec Paris et d’obtenir le retrait des forces françaises après plus de 125 ans de présence politique et militaire française traduit « une volonté claire de restaurer pleinement la souveraineté nationale ». Il rappelle également que le président Déby avait justifié cette décision par « l’absence de résultats concrets de cette coopération pour le Tchad » ainsi que par la nécessité de préserver l’indépendance stratégique du pays. Selon lui, cette décision a aussi répondu à « une pression populaire croissante exprimée à travers plusieurs manifestations hostiles à la présence française ».
L’analyste considère par ailleurs que cette rupture ne s’est pas accompagnée d’un isolement diplomatique du Tchad, mais plutôt d’une profonde recomposition de ses partenariats stratégiques. « Le pouvoir tchadien a cherché à diversifier ses alliances en s’ouvrant à des partenaires qui ont démontré une réelle volonté de coopération équilibrée avec N’Djamena », explique-t-il, citant notamment les États de l’Alliance des États du Sahel, la Turquie, l’Algérie, le Maroc et plusieurs autres acteurs régionaux et internationaux actifs dans les domaines sécuritaire, militaire et économique.
Sur le plan sécuritaire, le président Déby Itno a adopté une approche combinant fermeté militaire et coopération régionale face aux menaces transfrontalières, notamment dans la région du lac Tchad et les zones frontalières instables. Dans ce cadre, les forces tchadiennes ont lancé plusieurs opérations contre les groupes terroristes, dont l’opération « Haskanite » en octobre 2024, qui a permis de neutraliser un grand nombre de combattants armés et de renforcer la stabilité dans la région. N’Djamena a également intensifié sa coopération sécuritaire avec les pays voisins, notamment à travers le lancement, en avril 2025, de « l’opération Hamamia conjointe » avec la République centrafricaine afin de sécuriser les zones frontalières et de traquer les groupes armés. Parallèlement, de nouveaux accords sécuritaires ont été conclus avec la Libye pour la protection des frontières et la lutte contre les infiltrations et les trafics. Selon l’expert, « ces initiatives traduisent une nouvelle approche sécuritaire fondée sur la coordination régionale plutôt que sur la dépendance à des puissances étrangères ».
Sur le plan économique, l’expert considère que le programme « Tchad Connexion 2030 » constitue « l’un des projets les plus ambitieux de l’histoire économique récente du pays ». Lancée par le président Déby lors d’une conférence internationale organisée le 10 novembre 2025 dans la capitale émiratie Abou Dhabi, cette initiative a permis de mobiliser 16,4 milliards de dollars auprès des partenaires techniques et financiers, ainsi que 4,1 milliards supplémentaires grâce à la signature de 40 accords et mémorandums d’entente avec des investisseurs privés.Pour l’analyste, ces engagements financiers « traduisent une amélioration notable de l’image du Tchad auprès des investisseurs internationaux » et démontrent « une confiance croissante dans les nouvelles orientations économiques et diplomatiques du pays ». Il rappelle également que le président Déby lui-même avait qualifié ces résultats de « réussite historique dépassant toutes les attentes ».
À l’échelle continentale enfin, l’expert estime que la distinction accordée récemment au président Mahamat Idriss Déby Itno par la Conférence africaine pour la promotion de la paix, à travers le « Prix africain pour la promotion de la paix 2026 », reflète « la montée en puissance du rôle diplomatique et humanitaire du Tchad en Afrique ». Selon lui, cette reconnaissance récompense notamment les efforts de N’Djamena en matière d’accueil des réfugiés, de promotion de l’unité nationale et de contribution à la stabilité régionale.Deux ans après son élection, conclut l’analyste, Mahamat Idriss Déby cherche à inscrire le Tchad dans « une nouvelle dynamique fondée sur la souveraineté nationale, la diversification des partenariats, la consolidation sécuritaire et l’ouverture économique », avec l’ambition de repositionner durablement le pays parmi les acteurs influents du continent africain.
