Depuis plusieurs mois, le Tchad est confronté à une escalade sans précédent des tentatives de déstabilisation, à travers une série de campagnes agressives et multidimensionnelles combinant désinformation médiatique, pression judiciaire internationale, incitation politique et instrumentalisation des questions des droits de l’homme, jusqu’à l’accueil d’oppositions politiques et armées hors de ses frontières. Un nombre croissant d’experts estime que ces actions ne sont ni isolées ni conjoncturelles, mais s’inscrivent dans une stratégie française globale visant à affaiblir le régime du président Mahamat Idriss Déby, et à le sanctionner pour ses choix souverains, au premier rang desquels figure la décision de mettre fin à la présence militaire française au Tchad à la fin du mois de novembre de l’année dernière.

Dans ce contexte particulièrement tendu, une vaste campagne de désinformation médiatique a émergé, relayant des informations sur un prétendu coup d’État, coïncidant de manière frappante avec le dépôt d’une plainte devant la Cour pénale internationale (CPI) contre le président tchadien et plusieurs hauts responsables de l’État. Cette concomitance temporelle et fonctionnelle révèle, selon de nombreuses analyses, une coordination manifeste entre les instruments de la guerre psychologique et ceux de la pression juridique internationale, dans le cadre d’une même démarche visant à créer une situation d’instabilité interne, à ternir l’image du Tchad à l’extérieur et à affaiblir la légitimité de ses institutions constitutionnelles.

La rumeur d’un coup d’État fictif : le déclencheur d’une guerre psychologique

Dans la matinée du 15 décembre 2025, des informations mensongères se sont largement propagées sur les réseaux sociaux tchadiens, affirmant que la résidence du président Mahamat Idriss Déby à N’Djamena, aurait été attaquée par un groupe de militaires dirigé par un officier présenté comme le « lieutenant-colonel Al-Taassis », dans une tentative supposée de renverser le régime.

En l’absence totale d’indices sur le terrain ou de communiqués officiels confirmant cette version, la rapidité de diffusion de ces rumeurs et la nature de leur formulation ont laissé apparaître l’existence d’une action organisée visant à semer la peur, à ébranler la confiance dans la cohésion de l’institution militaire et à préparer l’opinion publique à l’idée d’un effondrement du pouvoir.

Une réaction officielle révélant des dimensions extérieures

Une semaine après la propagation de ces fausses informations, la Présidence de la République du Tchad a publié, le lundi 22 décembre 2025, un communiqué ferme niant catégoriquement toute tension au sein des forces de défense et de sécurité. Le communiqué a souligné que les enquêtes en cours indiquaient l’implication d’entités liées à des cercles étrangers, utilisant de fausses informations comme un outil de guerre psychologique, dans le but de porter atteinte à l’unité nationale, à la cohésion sociale et à la stabilité de l’État et de ses institutions constitutionnelles.

Le président Déby, en sa qualité de chef suprême des forces armées, a exprimé sa totale confiance dans le professionnalisme et la discipline des forces de défense et de sécurité, appelant les citoyens à faire preuve de vigilance et à ne pas relayer d’informations non vérifiées. Selon des sources sécuritaires locales, les investigations approfondies ont par la suite révélé l’implication de cercles français dans cette campagne de désinformation, conférant à l’affaire une dimension politique extérieure manifeste.

La plainte devant la CPI : le bras juridique de la campagne

Parallèlement à cette offensive médiatique, une organisation dénommée ‘’Priority Peace Sudan’’ a déposé une plainte officielle auprès du Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale, accusant le président Mahamat Idriss Déby ainsi que plusieurs hauts responsables sécuritaires et militaires de collusion dans la commission de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité au Soudan.

Cependant, le timing de cette plainte et sa concomitance avec la campagne de désinformation ont conduit de nombreux observateurs à la considérer comme une extension juridique de la même offensive. L’organisation en question n’est pas un acteur issu du terrain soudanais ou de son environnement régional, mais une ONG enregistrée à Paris, représentée officiellement par le cabinet d’avocats français ‘’Bourdon & Associés’’, connu pour ses liens étroits avec les milieux politiques et des droits de l’homme français.

Cette corrélation a renforcé la conviction de nombreux experts selon laquelle l’objectif dépasse la simple reddition de comptes juridique, pour viser une tentative de délégitimation internationale de la direction tchadienne et l’affaiblissement de sa position régionale, dans un contexte de réaction française à la perte de son influence militaire et politique à N’Djamena.

Instrumentalisation des dossiers des droits de l’homme et de l’opposition interne

Face à cette plainte, les autorités tchadiennes ont exprimé un rejet catégorique de son contenu. Le ministère des Affaires étrangères l’a qualifiée de « manœuvre de désinformation à motivations politiques », mettant en doute les origines de l’organisation et le caractère suspect du moment de sa création.

Cette démarche s’inscrit dans une série plus large d’initiatives françaises exploitant des dossiers internes sensibles, notamment l’affaire de l’assassinat de l’opposant Yaya Dillo, qui a été médiatisée et judiciarisée à Paris, en particulier à l’occasion de l’anniversaire de sa mort, le 28 février 2025, dans le but de ternir l’image du régime Déby et de mobiliser l’opinion publique internationale contre lui.

Le même schéma s’est reproduit après l’arrestation du leader du parti ‘’Les Transformateurs’’, Succès Masra, le 16 mai, lorsque la France a dépêché des avocats pour assurer sa défense, avant d’activer ses réseaux au sein des organisations internationales, du Parlement européen et du Parlement français afin d’exercer de fortes pressions politiques sur N’Djamena — une ingérence que les autorités tchadiennes ont considérée comme une atteinte directe à leur souveraineté judiciaire.

Accueil de l’opposition armée : l’escalade la plus dangereuse

Les tentatives françaises ne se sont pas limitées à la pression médiatique et juridique, mais ont atteint un niveau plus dangereux avec l’accueil de l’opposition tchadienne politique et armée sur le sol français. Le 26 octobre 2025, la plus grande réunion de l’opposition tchadienne a été organisée dans la banlieue de Nantes, sous la conduite du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), avec la participation d’une vingtaine de mouvements politiques et militaires.

Selon les informations disponibles, cette rencontre visait à unifier les efforts politiques, diplomatiques et militaires en vue de renverser le régime en place, ravivant ainsi le souvenir du rôle joué par ce mouvement lors des événements d’avril 2021, qui avaient conduit à la mort du président défunt Idriss Déby Itno.

Conclusion : une politique de pression systématique face à la souveraineté tchadienne

La convergence des campagnes de désinformation médiatique, de la pression judiciaire internationale, de l’exploitation des dossiers des droits de l’homme et de l’accueil de l’opposition politique et armée révèle l’existence d’une politique de pression systématique menée par Paris à l’encontre du Tchad, dans une tentative de rétablir une influence perdue ou de sanctionner N’Djamena pour ses choix souverains.

Cependant, la prise de conscience par les autorités tchadiennes de la nature de cette guerre complexe, la cohésion des institutions de l’État et la vigilance de l’opinion publique constituent des facteurs déterminants qui entravent la réussite de ces manœuvres et confirment que la bataille du Tchad aujourd’hui n’est plus seulement militaire, mais avant tout une lutte pour la souveraineté et la maîtrise du récit face à des ingérences extérieures multiformes.

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