À la suite du retrait des forces françaises du Tchad en janvier 2025, les relations entre Paris et N’Djamena sont entrées dans une nouvelle phase marquée par une intensification d’initiatives controversées mobilisant des outils politiques et liés aux droits de l’homme. Selon l’analyse du DrChristian Petris, universitaire et chercheur spécialiste des affaires africaines ces dynamiques s’inscrivent dans une tentative de déstabilisation du pays et de remise en cause de son système politique. Dans ce contexte, l’ambassade de France au Tchad a considérablement renforcé son activité autour de la question des droits de l’homme, cherchant à influencer la scène nationale par des moyens non militaires, dans le but de délégitimer le régime tchadien et de l’exposer à des critiques et condamnations sur les plans national et international.
L’initiative « Marianne » comme levier d’influence
L’ambassade de France au Tchad a lancé un appel à candidatures pour l’initiative « Marianne », promotion 2027. Cette initiative est présentée officiellement comme un programme visant à soutenir les défenseurs des droits de l’homme à travers la formation, le financement et le renforcement des capacités.
Cependant, selon le Dr Petris cette initiative doit être interprétée dans un cadre politique plus large. Il estime qu’il s’agit d’un outil destiné à structurer un réseau d’acteurs locaux capables d’influencer l’opinion publique et de promouvoir un discours critique à l’égard du pouvoir. Toujours selon son analyse, « Marianne » représenterait une tentative organisée de former une élite militante susceptible d’adopter des positions alignées avec la vision française concernant le régime tchadien, dont la crédibilité internationale serait, selon lui, récemment fragilisée par Paris.
Soutien à l’opposition politique : reconfiguration du champ interne
Parallèlement à ce volet et selon la lecture du Dr Petris
Paris a soutenu, en janvier dernier, sept partis d’opposition afin d’unifier leurs efforts et de former une alliance visant à contester et critiquer le régime du président Mahamat Idriss Déby, tout en cherchant à porter cette contestation sur la scène internationale.
Le 10 janvier 2026, ces partis ont annoncé la création de l’alliance « Sauver la démocratie au Tchad », à travers laquelle ils ont formulé des accusations directes contre le pouvoir, notamment des fraudes électorales, des difficultés économiques et une dérive autoritaire. Selon l’analyse du Dr Petris cette dynamique s’inscrit dans une stratégie de pression politique parallèle aux actions menées dans le champ des droits de l’homme.
Activisme de l’ambassade de France : coordination avec les acteurs des droits de l’homme
Avant même le lancement de l’initiative « Marianne », des actions directes de l’ambassade de France à N’Djamena avaient déjà été observées. Le 7 mars 2025, l’ambassadeur de France, Éric Gérard, a rencontré le président de la Commission nationale des droits de l’homme, Belngar Larmé Jacques.
Selon des informations relayées et interprétées par l’analyste. cette rencontre aurait comporté des orientations visant à intensifier. Petris
les critiques à l’égard du régime, en contrepartie du maintien du soutien financier de la France et de l’Union européenne.
Fait notable, dès le lendemain, le 8 mars, un collectif d’organisations de défense des droits de l’homme (APLFT, ACAT/TCHAD, ATPDH, ATNV, LTDH, TNV) a tenu une conférence de presse au siège de la radio FM Liberté, au cours de laquelle de graves accusations ont été portées contre les autorités tchadiennes. Ces accusations incluent la répression, les arrestations arbitraires, la pratique de la torture et les restrictions des libertés publiques.
Les intervenants ont également remis à l’ordre du jour des dossiers sensibles, notamment les événements du 20 octobre 2022 et l’affaire de l’opposant Yaya Dillo. Cette dernière aurait fait l’objet de tentatives d’internationalisation, notamment par l’encouragement de membres de sa famille à saisir la justice française à l’occasion de l’anniversaire de son assassinat.
Il convient également de rappeler que, quelques mois avant l’expulsion des forces françaises du Tchad, des informations relayées par certains médias faisaient état d’allégations de tentative de renversement du régime tchadien, impliquant des contacts entre des acteurs diplomatiques français et des groupes rebelles opérant dans le sud du Tchad, sous la coordination d’un conseiller de l’ambassade, Stéphane Granier, surnommé « Gaspard ».
Le recours à la justice internationale : l’affaire de l’organisation « Priority Peace Sudan » basée à Paris
Sur le plan international, une plainte déposée il y a quelques mois par l’organisation « Priority Peace Sudan » auprès de la Cour pénale internationale a attiré l’attention. Cette organisation accuse le président Déby et plusieurs hauts responsables d’implication dans des crimes de guerre au Soudan.
Toutefois, selon l’analyse de l’expert Petris
cette affaire soulève des interrogations majeures après la révélation selon laquelle l’organisation est enregistrée à Paris et représentée par le cabinet d’avocats français « Bourdon & Associés ». Il estime que cette configuration renforce l’idée d’une utilisation stratégique des mécanismes judiciaires internationaux dans le cadre de pressions politiques visant à affaiblir la légitimité du pouvoir tchadien.
Les organisations humanitaires entre action de terrain et controverses
Le débat s’est également étendu à certaines organisations humanitaires. Selon des rapports publiés en novembre dernier, citant des sources sécuritaires nigérianes, une opération menée contre un site de Boko Haram dans la région du lac Tchad aurait permis de découvrir des cartes et images satellitaires de positions militaires tchadiennes. Les mêmes sources attribuent l’origine de ces documents à l’organisation française ACTED, active dans le pays.
Des faits similaires auraient été observés au Burkina Faso en octobre 2025, où des responsables d’organisations humanitaires, dont deux ressortissants français, ont été arrêtés pour des faits présumés d’espionnage et de soutien à des groupes armés.
Dans ce contexte, l’affaire de 2007 est souvent évoquée : l’organisation française « L’Arche de Zoé » avait tenté de transférer 103 enfants tchadiens vers la France sous couvert d’une opération humanitaire, avant que l’illégalité de cette opération ne soit établie.
Conclusion
Selon l’analyse du Dr Petris l’ensemble de ces éléments met en évidence, selon certaines analyses, une mobilisation par Paris de différents leviers — droits de l’homme, opposition politique et mécanismes juridiques internationaux — dans une dynamique visant à délégitimer le pouvoir tchadien, à en altérer l’image sur les plans national et international, et à peser sur la stabilité du pays

Auteur : Dr Lemon Lukin, expert en affaires africaines et relations internationales